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Chaîne de valeur et enjeux ESG : concilier transformation durable et compétitivité

Dernière mise à jour : 16 sept. 2025


Un levier stratégique sous pression

Les chaînes de valeur sont devenues le champ de bataille central de la durabilité. Selon le MIT (State of Supply Chain Sustainability 2024), près de 75 % des émissions globales d’une entreprise proviennent du Scope 3, c’est-à-dire de ses fournisseurs et de ses clients. Pourtant, moins d’un tiers des entreprises disposent d’une visibilité au-delà de leurs fournisseurs directs.

Cette opacité rend l’alignement ESG difficile à mettre en œuvre, alors même que la pression réglementaire européenne (CSRD, CS3D), les attentes des investisseurs et la montée des risques géopolitiques exigent une approche intégrée. Le Forum de Giverny du 5 septembre 2025 a placé cette problématique au cœur de ses débats, en proposant une série de mesures concrètes. Dans le même temps, plusieurs études internationales ont confirmé la centralité de la chaîne de valeur dans la réussite des stratégies RSE.


1. La chaîne de valeur au cœur du Forum de Giverny 2025

Les travaux du Forum ont insisté sur trois constats :

  • La durabilité ne peut pas être déléguée uniquement aux services RSE : chaque métier doit porter sa part de responsabilité.

  • La traçabilité reste lacunaire, notamment dans les maillons éloignés et les matières critiques.

  • La pression réglementaire croissante (CSRD, devoir de vigilance, taxonomie) exige une mise en cohérence entre exigences et compétitivité.


Propositions phares du Forum :

  • Créer une cartographie européenne harmonisée des risques de chaîne de valeur.

  • Mettre en place une plateforme commune d’évaluation des fournisseurs, adossée à un socle de certifications responsables.

  • Nommer un ambassadeur à la traçabilité et instaurer un code couleur standardisé pour rendre visible le niveau de risque ESG d’une filière ou d’un fournisseur.

  • Désigner un référent pédagogique au ministère de la Transition écologique pour diffuser une culture de l’impact auprès des entreprises.

Objectif : transformer la chaîne d’approvisionnement en moteur de compétitivité durable.


2. Enseignements des études internationales récentes

Plusieurs recherches publiées début septembre 2025 viennent éclairer ces débats.

  • Aspiration gap ESG et supply chain

    Une étude académique montre que lorsqu’il existe un écart entre les promesses ESG des entreprises et leur mise en œuvre réelle, cela fragilise la stabilité des chaînes d’approvisionnement : baisse de la confiance bancaire, affaiblissement de la compétitivité et hausse du risque opérationnel.

  • Achats responsables : de la politique à la performance

    Le rapport State of Sustainable Procurement 2025 (IntegrityNext × CIPS) démontre que les achats ESG sont en train de passer d’un discours d’intention à des pratiques effectives. Toutefois, la qualité des données fournisseurs reste le principal frein. Les professionnels des achats réclament des référentiels unifiés et des outils communs pour gagner en efficacité.

  • Green Public Procurement (GPP)

    Une recherche académique confirme l’effet d’entraînement positif des marchés publics verts sur les entreprises privées et leurs filières. Autrement dit, quand l’État intègre des clauses ESG, les titulaires et leurs sous-traitants améliorent leurs performances, générant un cercle vertueux.


3. Le contexte français : avancées et outils

En France, plusieurs publications récentes viennent compléter ces constats :

  • CSRD 2024 (Infonet, août 2025) : prorogation de deux ans pour certaines entreprises, mais risque d’une complexité excessive qui éloigne de la lisibilité.

  • Benchmark KPMG 2025 : 85 % des grandes entreprises françaises ont déjà réalisé une double matérialité, et 91 % présentent un plan climat… mais seule la moitié associe un plan d’investissement chiffré. L’intégration de la chaîne de valeur dans ces démarches reste un point faible.

  • Impact Score (juillet 2025) : adopté par plus de 10 000 entreprises, cet outil collectif français évalue les performances sociales et environnementales et s’aligne progressivement sur les référentiels européens.

Ces initiatives traduisent un effort de structuration, mais montrent aussi que la traduction opérationnelle dans les chaînes d’approvisionnement demeure incomplète.


4. Défis structurants pour les entreprises

À la croisée du Forum et des études, plusieurs défis se dégagent :

  • Traçabilité et données : la qualité, la fiabilité et l’harmonisation des données ESG fournisseurs restent le principal verrou.

  • Compétitivité vs réglementation : les exigences européennes peuvent pénaliser la compétitivité si elles ne sont pas harmonisées au niveau global.

  • Culture interne : embarquer les métiers (achats, logistique, qualité, finance) est crucial pour dépasser la vision RSE isolée.

  • Partage des responsabilités : au lieu d’une approche descendante, il s’agit de créer une logique de coresponsabilité entre donneurs d’ordre et sous-traitants.

  • Anticipation des risques : crises climatiques, ruptures géopolitiques, matières critiques… la résilience des chaînes dépendra de la capacité à anticiper collectivement.


5. Vers une feuille de route opérationnelle

À la lumière du Forum et des études, cinq pistes concrètes émergent :

  1. Cartographier et évaluer : généraliser des outils communs (cartographies de risques, Impact Score).

  2. Standardiser les référentiels : plateformes mutualisées, labels et code couleur standardisé.

  3. Former et impliquer : diffuser une culture ESG à tous les métiers, du terrain jusqu’au COMEX.

  4. Aligner compétitivité et durabilité : fiscalité carbone européenne, clauses vertes dans la commande publique, financements adaptés.

  5. Valoriser les pionniers : donner de la visibilité aux filières qui réussissent leur transformation pour inspirer et accélérer.



Le Forum de Giverny 2025 a montré que la durabilité de la chaîne de valeur est désormais un enjeu de souveraineté économique, de compétitivité et de résilience collective. Les études récentes confirment que les outils existent, mais qu’ils doivent encore être harmonisés et massifiés.

La transformation ne viendra pas uniquement des obligations réglementaires, mais d’un changement culturel : passer d’une logique de conformité à une logique de co-responsabilité et d’innovation.En embarquant chaque maillon – fournisseurs, acheteurs, logisticiens, territoires – la chaîne de valeur peut devenir non seulement plus durable, mais aussi plus robuste et attractive dans un monde en mutation rapide.

 

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